« D’ici 2100 les plages seront de l’histoire ancienne. » La catastrophe écologique de l’extraction du sable

Mauvaise Haleine

Le sable est partout dans notre société : les produits de consommation quotidienne, les microprocesseurs des appareils électroniques, les routes, et surtout les bâtiments sont tous dépendants de ce « héros invisible de notre époque ». Avec l’invention du béton armé, l’humanité a cru avoir enfin trouvé le matériau parfait, à tel point qu’il est aujourd’hui présent dans les 2/3 des constructions mondiales.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, ce matériau si parfait est également extrêmement vorace en sable. Ainsi, pour une maison de taille moyenne, 200 tonnes de sable sont nécessaires, pour la construction d’un hôpital 3 000 tonnes, pour un kilomètre d’autoroute 100 000 tonnes et pour une centrale nucléaire 12 millions de tonnes. Or, quand on voit l’allure à laquelle les immeubles défiant les nuages poussent à travers le monde, on imagine bien que le volume de sable échangé autour de la planète prend des dimensions tout simplement astronomiques.

Le volume échangé de sable dans le monde culmine à 15 milliards de tonnes par an, soit 70 milliards de dollars par an.

Les projets pharaoniques de Dubaï, que ce soit pour construire les tours les plus hautes du monde ou reconstruire artificiellement la carte du monde sous la forme d’ilots de sable (un projet baptisé modestement « The World »), sont des consommateurs dantesques de sable : rien que pour le projet The World d’un coût de 14 milliards de dollars, 300 millions de tonnes de sable ont dû être déplacées, alors même qu’aucun îlot n’a jamais été foulé par quiconque à cause de la crise financière de 2008 !

Crédits photo : Jan de Nul

Mais alors où est puisé tout ce sable, ce véritable « ciment » de notre société ? Où est-ce que toutes les villes en pleine expansion telles que Mumbaï, Singapour ou Dubaï (et bien d’autres) se fournissent-elles en sable pour répondre à leurs besoins d’accueil ou tout simplement de grandeur ?

On pourrait penser que tout le sable utilisé pour les besoins de la construction est récupéré dans les vastes déserts du monde, mais en réalité, ce sable est inutilisable puisque le vent rend les grains lisses et ronds, ce qui empêche ceux-ci de s’agréger entre eux. Seul le sable marin dispose des propriétés requises pour les besoins de la construction humaine. Dans le documentaire d’Arte « Le Sable – Enquête sur une disparition », un scientifique anglais souligne le paradoxe de la situation actuelle : le vieux dicton anglais « vendre du sable aux Arabes », qui est utilisé pour décrire une situation absurde, est aujourd’hui devenu une réalité puisque le Qatar importe son sable de l’étranger !

Crédits photo : Jan de Nul

C’est ici que les choses se gâtent… En effet, pour suffire à notre appétit démesuré, les compagnies doivent donc extraire le sable ou bien sur les plages ou directement dans les mers. Or le sable qui est dragué dans les mers n’est constitué que d’une fine couche de grains datant de plusieurs milliers voire plusieurs centaines de milliers d’années. De plus, inutile de préciser que, pendant le dragage du sable, c’est tout l’écosystème qui y fleurissait qui est emporté ; ainsi, ce qui constitue la base de la chaîne alimentaire de cette couche sous-marine et le fondement de l’écosystème est ravagé au nom des besoins de l’industrie immobilière (entre autres).

Mais les effets secondaires de l’extraction de sable marin ne touchent pas seulement l’écosystème marin, ils touchent aussi directement l’homme. En Indonésie où une grande partie de la population vit de la pêche, et où près du quart de la consommation repose sur les produits de la pêche traditionnelle, le dragage mène dangereusement le pays vers une immense crise alimentaire. Ajoutons à cela que l’Indonésie a déjà dû rayer de sa carte 25 îles qui ont été avalées par les flots à cause de la détérioration de l’équilibre naturel induite par l’extraction de sable qui altère les mouvements marins…

Crédits photo : Jan de Nul

L’Indonésie n’est pas la seule concernée, loin de là. D’après l’association Surfrider Foundation, entre 75 et 90% des plages du monde reculent, et rien qu’en Floride, neuf plages sur dix sont menacées de disparition. Outre le fait que nos arrière-petits-enfants ne pourront sans doute jamais connaître le plaisir de glisser leurs pieds sous le sable fin d’une plage (naturelle entendons-nous bien), ce sont littéralement toutes les constructions et l’environnement au-delà des plages qui sont menacées.

En effet, les plages agissent comme des sortes de barrières contre les puissantes vagues : en épuisant nos plages, nous laissons la voie libre à l’immersion de tout l’arrière-pays, plus vulnérable que jamais à la montée des eaux.

« Sous les autoroutes, on a toutes les plages du monde »

Il est plus qu’urgent de trouver des alternatives à cette ressource naturelle si précieuse, garante de toute l’harmonie naturelle, ou bien nous courons littéralement droit dans le mur. Et il existe bien des moyens pour s’affranchir du sable :  telle que l’utilisation de la paille, excellent isolant et matière inflammable, pour nos constructions, le recyclage de matériaux et notamment du verre qui, broyé en grains, dispose exactement des mêmes propriétés que le sable (pas très étonnant, dans la mesure où il en est constitué).

Crédits photo : Jan de Nul

« Nous devons oublier cette manie du gigantisme et adopter des modes de vie plus simples »

Mais pour cela, il faudrait que les Etats se détachent des lobbies immobiliers ainsi que des « marchands de sable », et décident d’opter pour une matière première qui, elle, a un prix et qui ne peut être aveuglément pillée. Nous en sommes malheureusement bien loin…

 

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