Interpol s’attaque à la contrebande de déchets illégaux et saisit 1,5 million de tonnes

Mauvaise Haleine

Du 1er au 30 juin, Interpol a mené une opération de grande ampleur visant à recenser et tracer les déchets illégaux à travers le monde. 1,5 millions de tonnes de déchets issus de la contrebande ont ainsi été saisis par l’organisation internationale, un chiffre impressionnant qui laisse imaginer l’ampleur du phénomène mais qui permet aussi de mieux catégoriser ce trafic encore largement méconnu, et ainsi de lancer un avertissement aux acteurs de ce trafic.

Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle, a annoncé mardi 8 août la saisie de plus d’1,5 millions de tonnes de déchets illégaux dans le cadre de son opération « Trente jours d’action » qui s’est déroulée du 1er au 30 juin. En mobilisant les systèmes policiers de 43 pays, il s’agit de la plus grande opération jamais effectuée concernant la lutte contre la contrebande de déchets illégaux.

Dans son communiqué, Interpol précise que la majorité des déchets illégaux qui ont été saisis étaient des déchets métalliques ou électroniques, généralement liés à l’industrie automobile. Au total, ce sont 141 convois transportant en tout 14 000 tonnes de déchets illégaux qui ont été identifiés, s’ajoutant aux 85 sites où s’entassaient plus d’1 million de tonnes de déchets illégaux. 326 personnes et 244 compagnies ont été rendus coupable de pratique criminelle ou de violations administratives.

Ces saisies (tristement) records ont permis de clarifier la carte de ces flux illégaux à l’échelle mondiale. L’Asie et l’Afrique apparaissent alors comme les principales destinations des déchets exportés, confirmant les suspicions de l’organisation international. Mais d’autres voies de contrebande, jusqu’alors méconnues, ont également pu être identifiées, notamment en ce qui concerne l’exportation de déchets dangereux vers l’Amérique centrale. Ainsi, Interpol a pu empêcher le transfert de 300 tonnes de déchets dangereux en provenance de Chypre et à destination de l’Amérique centrale.

S’il existe un réseau criminel d’une telle ampleur – l’Office Central de Lutte Contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique estime que 10% du fret mondial est composé de déchets dangereux et interdits à l’exportation –, c’est avant tout parce que le traitement des déchets représente un coût important pour les entreprises. Celles-ci cherchent alors à contourner les législations les plus strictes pour profiter des normes laxistes ou des faibles coûts qu’offrent les pays en développement (entre autres). Pourtant, ces déchets sont un réel danger pour l’environnement et dans certains cas pour la santé. Comme le souligne le communiqué publié par Interpol :

« Les déchets illégaux sont une problématique mondiale : parmi les 275 millions de tonnes de déchets pastiques produits en 2010, plus de 12,7 millions de tonnes ont été illégalement jetées dans l’océan ; de la même façon, seulement 10 à 40 % des 42 millions de tonnes de déchets électroniques produits à l’échelle globale ont été jetés légalement. Quand des déchets dangereux ne sont pas correctement éliminés, ils contaminent l’eau, le sol et l’air, menaçant la sécurité et la santé mondiales. »

Les déchets électroniques sont particulièrement visés par les législations depuis les dix dernières années dans la mesure où ils représentent un véritable danger pour l’environnement. Ainsi, le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) a lancé en mars 2007 une initiative baptisée « Solving the e-waste problem » pour inciter les entreprises à augmenter la durée de vie des appareils (puisqu’il s’agit en réalité du fond du problème), qui, comme on peut le remarquer, n’a pas vraiment eu l’effet escompté.

Visant plus directement les exportations de déchets, la Convention de Bâle et son « Ban Amendment » de 1997 contraignait explicitement les pays de l’UE à interdire l’exportation de déchets dangereux vers les pays en développement. Il semblerait cependant que cette loi ait davantage incité les entreprises européennes à emprunter des voies illégales d’export pour contourner la législation.

Quoi qu’il en soit, l’Union européenne compte faire du transport illégal des déchets l’une de ses priorités pour les cinq années à venir. On peut également reconnaître, à l’instar de Joseph Poux, membre du département américain de la Justice, que l’opération d’Interpol « montre ce que l’on peut faire quand les pays œuvrent ensemble pour détecter, interrompre et empêcher la criminalité en matière de pollution. »

Espérons que la coopération s’affirme encore plus et mette tout en œuvre pour lutter contre cet enjeu majeur pour l’environnement et la santé publique.

 

Source

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Le portail ecolo et bio