L’interdiction de la pêche au thon rouge ne devrait pas être levée après le Brexit, préviennent les scientifiques

Si les scientifiques montent au créneau, c’est parce qu’ils redoutent que les autorités britanniques ne cèdent aux pressions des pêcheurs à la ligne.

Il est actuellement illégal de pêcher l’énorme variété de thon pouvant atteindre 907 kilos et qui a en grande partie disparu des eaux britanniques dans les années 1990 en raison de la surpêche. Cependant, ces dernières années, d’importantes populations de thons rouges ont été repérées au large de la côte sud de l’Angleterre et dans la mer d’Irlande, ce qui a conduit à des appels à la levée de l’interdiction.

Les avertissements des scientifiques

Les scientifiques affirment que la résurgence du poisson est le résultat d’un phénomène naturel de réchauffement de la mer plutôt que du rétablissement de l’espèce.

Une nouvelle étude réalisée par le biologiste marin britannique Richard Kirby, ancien chercheur à l’Université de Plymouth et à l’Université de Lille, a révélé que les poissons se dirigeaient plus au nord en raison de l’oscillation multidécennale atlantique (OMA) qui augmente la température de la mer tous les 60 à 120 ans. « Le thon rouge a été largement surexploité et les récents changements dans la répartition sont probablement dus à l’environnement plutôt qu’à la gestion de la pêche et au rétablissement des populations », explique le Dr Kirby. Et le biologiste d’ajouter : « Avant d’exploiter davantage le thon rouge, que ce soit à des fins commerciales ou récréatives, nous devrions nous demander s’il serait préférable de le protéger en faisant de la mer du Royaume-Uni un espace sûr pour l’un des principaux poissons les plus menacés de l’océan. » Le Dr Robin Faillettaz, de l’Université de Lille, rejoint la position du Dr Kirby : « Lorsque la température de l’eau augmente pendant une OMA positive, le thon rouge se déplace plus au nord. Cependant, les phases les plus positives de l’OMA ont également un effet néfaste sur les populations de poissons en Méditerranée, qui est actuellement la plus importante frayère, et qui affectera l’abondance des adultes quelques années plus tard. »

Le Brexit est une « opportunité unique », selon les pêcheurs à la ligne

 L’UE dispose actuellement d’un quota de pêche de 16 000 tonnes de thon rouge, dont environ 98% sont destinés à la pêche commerciale au large des côtes espagnole et française. Le Royaume-Uni n’a aucun quota, rendant illégale la pêche du poisson. David Mitchell, responsable de la marine chez The Angling Trust, se réjouit du Brexit et explique : « Le retour du thon rouge géant sur nos côtes offre au Royaume-Uni une opportunité unique de créer une pêcherie durable, économiquement optimale et scientifiquement importante (…) » Le retour de la surpêche du thon rouge dans les eaux britanniques est très peu évoqué par les médias, lesquels se concentrent sur les conséquences économiques d’un possible « no-deal » ou du rétablissement de la frontière entre les deux Irlande. Rappelons pour terminer que le thon rouge fait partie des animaux en voie de disparition selon la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), au même titre que le tigre d’Asie, l’éléphant d’Asie, la baleine ou le requin-baleine.

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